Il y a les temples de Kyoto, les néons de Tokyo, le mont Fuji, les ramen, les cerisiers en fleurs. Et puis il y a… les courses.
Sur le papier, difficile de faire moins exotique. Pourtant, au Japon, entrer dans une supérette ou descendre au sous-sol d’un grand magasin peut vite devenir une petite expérience de voyage à part entière. On commence par regarder les onigiri parfaitement alignés. Puis les bentos. Les sandwichs. Les pâtisseries. Les boissons dont on essaie de deviner le goût. Quelques minutes plus tard, le panier contient déjà trois choses qu’on n’avait absolument pas prévu d’acheter.
Bienvenue dans l’un des plaisirs les plus ordinaires et, justement pour cette raison, les plus amusants d’un voyage au Japon.
D’abord, il faut entrer dans un konbini
7-Eleven, FamilyMart, Lawson. Ces trois noms deviennent vite familiers pendant un voyage au Japon.
Les konbini sont partout, particulièrement dans les grandes villes. On y passe tôt le matin pour prendre un café et quelque chose à manger, avant un trajet en train pour acheter un onigiri, ou le soir lorsqu’une petite faim arrive beaucoup trop tard. Et il faut reconnaître que les rayons donnent envie de tout essayer.
Bentos, nouilles, salades, sandwichs, desserts, boissons, glaces… Il y a aussi les produits chauds près des caisses, dont le fameux poulet frit qui compte ses adeptes. Le plus amusant reste peut-être ce moment où l’on commence à reconnaître les produits.
Le premier jour, on observe. Quelques jours plus tard, on sait déjà où se trouve son petit-déjeuner préféré et on commence à avoir un avis étonnamment sérieux sur la question : 7-Eleven, FamilyMart ou Lawson ?
Le rayon qu’on ne comprend pas est souvent le plus intéressant
Faire ses courses à l’étranger, c’est aussi retrouver des choses parfaitement familières sous des formes qui ne le sont plus du tout.
Un paquet de chips dont le parfum demande réflexion. Des boissons inconnues. Des confiseries françaises ou américaines déclinées dans des goûts qu’on ne trouve jamais chez nous. Des pâtisseries difficiles à identifier derrière leur emballage. Il y a évidemment des produits japonais que l’on connaît déjà. Et puis il y a tout le reste.
C’est aussi ce qui rend l’expérience amusante : choisir parfois simplement parce que l’emballage intrigue, goûter dans le train ou à l’hôtel et décider si la découverte mérite un deuxième achat. Certaines oui. D’autres resteront une expérience unique.
Prendre le train le ventre vide serait presque dommage
Dans les grandes gares japonaises, choisir ce que l’on va manger pendant le trajet fait presque partie du départ.
Les ekiben sont des bentos pensés pour être emportés dans le train. Certains mettent à l’honneur une spécialité ou des produits de la région. On en trouve de très simples et d’autres particulièrement travaillés, soigneusement présentés dans leur boîte. Avant un trajet en Shinkansen, ça vaut le coup d’arriver un peu en avance. Pas seulement pour trouver le quai. Pour regarder les boîtes, hésiter beaucoup trop longtemps et finalement monter à bord avec son déjeuner sous le bras. Une fois installé près de la fenêtre, il ne reste plus qu’à l’ouvrir. Et à regarder le Japon défiler.
Puis il y a les sous-sols des grands magasins
Changement d’ambiance.
Les depachika occupent les sous-sols alimentaires de nombreux grands magasins japonais. Et si le mot « sous-sol » n’est pas particulièrement vendeur, ce qu’on y trouve l’est beaucoup plus.
Imaginez un immense espace consacré à la nourriture avec des comptoirs de plats préparés, des bentos impeccables, des pâtisseries, des confiseries, du poisson, de la viande, du saké et quantité de spécialités régionales. À Tokyo, ceux d’Isetan à Shinjuku, de Mitsukoshi à Nihombashi ou de Daimaru près de Tokyo Station font partie des plus connus. On peut y venir pour acheter son dîner, chercher un cadeau gourmand ou simplement regarder. Le problème, encore une fois, c’est de choisir.
Parce qu’un supermarché raconte aussi un pays
C’est finalement ce qu’on aime le plus dans cette histoire.
Quand on voyage, on pense naturellement aux monuments, aux musées, aux restaurants, aux marchés. Beaucoup moins au supermarché du quartier. Pourtant, il suffit d’y regarder les rayons quelques minutes pour découvrir une autre facette du pays. Ce que l’on mange sur le pouce. Les portions. Les produits de saison. Les plats préparés. Les parfums qui plaisent. La manière dont tout est présenté.
Rien de spectaculaire.
Juste un petit morceau de quotidien.
Et c’est peut-être justement pour ça que c’est intéressant.
Alors, qu’est-ce qu’on achète ?
Inutile de transformer le passage au konbini en concours du produit le plus étrange.
Un onigiri pour commencer. Un sandwich aux œufs. Une douceur inconnue. Une boisson choisie parce que son emballage intrigue. Un bento avant de prendre le train. Et puis ce qui vous fait envie.
Les konbini ne remplaceront évidemment pas les ramen-ya, les izakaya, les marchés, les petites adresses de quartier ou les restaurants que l’on aura pris soin de réserver. Ce n’est pas leur rôle. Ils racontent simplement une autre partie du Japon. Celle que l’on croise entre deux visites, tôt le matin, en rentrant à l’hôtel ou juste avant de monter dans un train. Personne ne réserve un billet pour Tokyo en rêvant de passer une demi-heure dans un supermarché.
Et pourtant.
Ce sont souvent ces moments qui donnent de la texture à un voyage. Ceux qui n’étaient pas vraiment prévus. Ceux qu’on ne coche sur aucune liste. Ceux qui nous font observer une habitude, goûter quelque chose d’inconnu ou ramener dans la chambre d’hôtel un paquet dont on ne sait toujours pas exactement ce qu’il contient.
Le Japon possède suffisamment de temples, de paysages, de villes et de tables exceptionnelles pour remplir plusieurs voyages. Mais entre deux visites, poussez aussi la porte du konbini du coin. Juste pour acheter une bouteille d’eau.
Enfin, normalement.
