Avant un premier safari, on imagine surtout les animaux.
Un lion dans les herbes. Un troupeau d’éléphants. Des girafes qui traversent la savane. Peut-être un léopard, si la chance décide de participer au voyage. On imagine beaucoup moins les moments entre deux. Pourtant, il y en aura. Et ce sont souvent eux qui changent tout.
Au début, on veut tout voir
Les premières heures, chaque mouvement compte. Une girafe au loin et tout le monde se retourne. Des zèbres apparaissent au bord de la piste, les appareils photo sortent. Une silhouette bouge dans les herbes et, pendant une seconde, elle pourrait être absolument n’importe quoi. On veut regarder partout. Et surtout, on veut voir les animaux que l’on avait en tête avant de partir. Le lion, évidemment. L’éléphant. Le guépard. Le léopard, avec ce petit supplément de difficulté qui commence déjà à lui donner beaucoup d’importance.
La Tanzanie se prête particulièrement bien à cette excitation. Dans le Serengeti, à Tarangire ou dans le cratère du Ngorongoro, les paysages changent et la faune aussi. Les éléphants apparaissent sous les baobabs, les troupeaux occupent les plaines, les girafes surgissent derrière les acacias.
On pourrait passer ses journées à compter. Dix zèbres. Trois girafes. Un lion. Puis deux. Mais assez rapidement, quelque chose change.
Le moteur s’arrête
Le guide vient de couper le contact. Personne ne voit particulièrement pourquoi. Il regarde vers une zone d’herbes qui, pour nous, ressemble exactement à toutes les autres zones d’herbes vues depuis le matin. Alors on regarde aussi. Une minute. Puis deux. Rien. Quelqu’un finit par demander ce qu’on attend. Le guide désigne un endroit. Toujours rien. Et puis une oreille dépasse. Quelques secondes plus tard, une tête. Le lion était là depuis le début. À partir de ce moment-là, on commence à comprendre que voir n’est pas seulement une question de bons yeux.
Un guide remarque une trace sur la piste, la réaction d’un autre animal, un mouvement presque invisible, parfois simplement quelque chose qui ne semble pas tout à fait à sa place. Là où nous voyons une grande étendue de savane, lui lit des indices. Et tout à coup, attendre devient beaucoup plus intéressant.
Parce que les animaux n’ont pas lu votre programme
On peut choisir son itinéraire. Réserver un lodge. Décider à quelle heure partir. Prévoir une journée entière de safari. On ne peut pas demander à un léopard de se montrer à 10 h 30. Et c’est très bien comme ça. Il y aura peut-être un lion qui dort pendant une heure alors qu’on rêvait de le voir chasser. Un éléphant qui décide de disparaître derrière les arbres au moment où l’appareil photo est enfin prêt. Un guépard repéré très loin qui ne fera absolument rien de spectaculaire. Puis, sans prévenir, une famille d’éléphants traversera la piste devant la voiture. Et personne ne demandera combien de minutes il reste avant la prochaine étape.
Pour une fois,
ce n’est pas vous qui décidez du rythme.
Et puis on arrête de chercher uniquement les grands moments
Au bout de quelques jours, une girafe n’interrompt plus forcément toutes les conversations. Ce qui aurait semblé extraordinaire le premier matin commence presque à faire partie du paysage. Et ce n’est pas parce que l’on s’habitue. C’est plutôt parce qu’on commence à regarder autrement. On remarque un éléphant beaucoup plus petit au milieu du troupeau. Les zèbres alignés dans la poussière. Un oiseau posé sur le dos d’un buffle. La façon dont plusieurs girafes restent immobiles, toutes tournées dans la même direction. Les dizaines de minutes passées à observer une scène dont personne ne connaissait la fin. Le safari devient moins une collection d’animaux qu’une succession de petits événements. Et certains ne seront jamais particulièrement spectaculaires sur une photo. Sur place, pourtant, on pourrait rester encore un peu.
C’est aussi pour ça qu’il faut choisir son safari
Parce qu’en Tanzanie, deux journées peuvent ne pas se ressembler du tout. À Tarangire, on peut passer beaucoup de temps autour des éléphants et des baobabs. Dans le Serengeti, ce sont les grandes plaines qui changent complètement la sensation. Et au Ngorongoro, on descend dans le cratère avec l’impression d’entrer dans un autre décor. La saison change aussi beaucoup de choses.
Pas seulement les paysages. Les animaux se déplacent, se regroupent ailleurs, suivent l’eau et les pâturages. Même la grande migration ne se trouve pas toute l’année au même endroit. C’est pour ça qu’un safari ne se construit pas seulement avec une liste de parcs. Il faut aussi savoir quand partir, combien de temps rester et où passer ses journées. Et là encore, le meilleur safari n’est pas forcément celui où l’on aura essayé d’en voir le plus.
Au bout de quelques jours, on ne regarde déjà plus pareil
Au début du safari, chaque arrêt donne envie de demander ce que le guide a repéré. Quelques jours plus tard, on a compris le principe. Quand la voiture s’arrête, on cherche. Pas forcément un lion ou un éléphant. On regarde simplement dans la même direction que le guide et on essaie de comprendre ce qu’il a vu avant nous. Parfois, l’animal apparaît presque immédiatement. Parfois, il faut attendre. Et parfois, il ne se passe rien du tout. Curieusement, ce n’est plus vraiment frustrant. Parce qu’entre-temps, on a cessé de considérer chaque minute sans animal comme une minute perdue.
Avant de partir, on pensait qu’un safari consistait à trouver des animaux. Sur place, on découvre que cela consiste aussi à leur laisser le temps d’apparaître. Au début, on compte les lions, les éléphants, les girafes. À la fin, on se souvient surtout des scènes. De l’éléphant qui a traversé juste devant la voiture. Du lion que personne n’avait vu dans les herbes. Du troupeau aperçu dans la lumière du matin. Et de ces longues minutes où tout le monde regardait exactement au même endroit sans savoir ce qui allait se passer.
Vous partez en Tanzanie pour voir des animaux. Heureusement, vous en verrez probablement beaucoup. Mais entre deux rencontres, il y aura aussi du silence, des kilomètres de piste, des jumelles posées sur les genoux et des moments où il faudra simplement attendre.
Ne les pressez pas trop.
C’est souvent juste avant que quelque chose apparaisse.
